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Les Quotidiennes de Val

Les Quotidiennes de Val

... c'est l'histoire d'une lectrice, d'une fille se promenant, allant au cinéma, poussant parfois ses coups de gueule,ou dévoilant ses coups de coeur...Pour au final, partager ce qui anime le quotidien...


Dublin, théâtre d'un amour impossible...

Publié par Valou076 sur 30 Septembre 2011, 15:28pm

Catégories : #Le livre du mois

... Joseph O'Connor plonge ses lecteurs dans l'histoire d'un amour sans lendemain, entre le dramaturge John Millington Synge et sa "muse" Molly Allgood, dans l'Irlande du début XXe siècle.

o-connor-muse Elle était pauvre, irrévérencieuse, sensuellen très belle et rebelle à toute autorité, sauf à celle du génie et de l'amour. Elle s'appelait Molly Allgood, elle fur une comédienne aussi prometteuse que courtisée, et eut pour amant l'un des plus grands dramaturges irlandais John Millington Synge. C'était en 1907, l'année de la création du Baladin du monde occidental au théâtre de l'abbaye, dans un Dublin bruissant de rumeurs. Molly avait dix-neuf ans, John trente-sept. Il fut son Pygmalion, elle sa muse. Leur passion aurait-elle pu résister au poids des conventions et à l'hostilité des proches ?

A Londres, près de cinquante ans plus tard, l'actrice déchue hante les rues noyées dans le brouillard. Peu à peu, les souvenirs ressurgissent, comme le désir pour celui qu'elle n'a jamais réussi à oublier...

Joseph O'Connor fait revivre deux êtres d'exception dans ce roman forgé de lumière et d'airain.

Cette édition de la rentrée littéraire est un vrai dilemne pour moi. Depuis que je suis lactualité des sorties, je n'ai jamais vu autant de romans pouvant m'intéresser à la fois. En étudiant le magazine Lire dès sa sortie, un de ces romans est très vite sorti du lot, et a éveillé cette curiosité qui ne s'apaise qu'une fois le roman ramené chez soi. Ce roman, c'était Muse. Je ne connaissais pas l'auteur, qui a sorti déjà six autres livres. 

En ce moment, j'aime à me replonger dans l'Histoire par la lecture, c'était le cas il y a une semaine avec un roman de Douglas Kennedy. J'aime trouver des traces de réel dans une histoire romancée, trouver une attache chronologique qui nous emmène dans un autre temps, une autre époque où la vie n'était pas la même, et s'évader au fil des pages vers un monde inconnu.

J'ai passé de très bons moments avec ce roman de O'Connor, malgré quelques mises en route laborieuses. L'écriture de ce récit est assez surprenante. Les amateurs de flashbacks seront comblés, le chapitrage du roman alternant le présent (Molly dans le Londres de 1952), et les souvenirs de l'actrice, lors de sa relation avec Synge. Ces passages du passé au présent sont assez abruptes, des souvenirs pouvant très bien s'intégrer au récit lors d'un chapitre se déroulant dans le Londres des années 50...mais c'est vraiment un détail infime dans la lecture de ce roman, surtout quand le lecteur prête attention au reste. 

L'écrivain parle à Molly, lui fait revivre ces instants précieux qu'elle a vécu avec le dramaturge, son succès grandissant sur les planches, mais aussi sa descente aux enfers, lente mais décisive. Régulièrement le sujet "tu" rythme le récit comme un témoignage rapporté, comme si Joseph O'Connor aidait la comédiennes à se remémorer des scènes marquantes de sa vie. Et la comédienne lui répond, le "tu" laissant sa place au "je"...

Joseph O'Connor parle d'un amour fort, mais difficile. L'âge n'est pas la seule différence entre les deux personnages, et l'auteur émet l'hypothèse d'une volonté de Synge de changer sa muse pour qu'elle soit "plus présentable"devant le grand monde. Mais peut-on véritablement changer la nature d'une personne :

 

" Il veut qu'elle soit fière de ce qu'il appelle avec insistance ses progrès. Elle doit garder une trace écrite de ses lectures, comme il le fait lui-même, tenir des listes des oeuvres qui lui plaisent en notant pourquoi. Il a des "brouettées" de choses de ce genre chez lui à Glenageary. Il tient ces carnets depuis l'époque de ses études. Elle devrait suivre son exemple. Il y a quelque chose de Pygmalion et la statue de leur histoire, cependant, elle se demande parfois qui est qui." p.67

 

Parfois les relations entre les deux sont plus simples et ressemblent à toutes ces idylles que l'on peut croiser dans les récits :

 

" Ils se donnent mutuellement des baies sauvages qui poussent près de l'obélisque : fraughans, c'est leur nom populaire, mais elle les nommes "muscats mauves". L'expression devient pour eux un euphémisme, une expressionde leur vocabulaire amoureux chargée d'un sens intime. La femme-fée et le vagabond, leur liaison transgressive. On dirait une scène tirée d'un conte populaire, le ferment d'une de ses pièces. Mais qui émancipe l'autre?" p.103

 

" Il l'aime avec fureur; il ne laisera jamais personne lui faire du mal, jamais. "Pas même toi", ne peut-il s'empêcher d'ajouter. Au fond de lui-même, il est si gentil, d'une délicatesse si scrupuleuse ; hélas il éprouve toujours le besoin d'enrober cela dans l'ironie." p.110

 

Le roman est aussi une histoire sur leur travail respectif, entre l'écriture et le jeu de scène, les deux étant indubitablement lié, l'actrice devenant la source d'inspiration du dramaturge :

 

"Il explique à son enchanteresse que son désir d'écrire nait d'un besoin de consolation, que le fait d'inventer des histoires le soulage, calme ses démons. Mais cela l'épuise aussi. Il lui faut prendre garde."


"Bouleversée, tu trébuchas en arrivant sur scène. Le théâtre était plein, l'Amérique t'adorait. Le public applaudit à tout rompre dès qu'il te vit, hurla ton nom car ils aimaient par-dessus tout ce qu'ils savaient de ton passé, de ton histoire, et ta présence tant attendue arrêta le spectacle."


La différence d'âge, de situation sociale, entre la pauvre issue des quartiers populaires et un aristocrate tentant de vivre de son art, la pression de l'entourage face à cette relation qu'il juge indécente...Cette histoire d'amour n'est aps faite pour vivre que des jours heureux. Le doute, la différence aussi, font que des projets tels que le mariage ne voient pas le jour, alors que de son côté, Synge a le corps rongé par le cancer...

Dans les chapitres se déroulant en 1952, Molly se souvient, et creuse dans sa mémoire pour retrouver ses instants heureux avec celui qu'elle n'a jamais oublié, qu lui a apporté la gloire, mais dontla perte l'a elle-même perdue, petit à petit, avant de la laisser sombrer dans le réconfort de l'alcool...

Tant de choses peuvent encore être dîtes sur ce roman...Mais au risque de trop en révéler je m'arrêterai plutôt ici, en ne fasant que brièvement allusion à une espèce de misicalité dans le texte, en l'entrecoupant de couplets de chansons d'un autre temps, ou encore un Chapitre 5 exceptionnel dans sa deuxième partie car retranscrivant pas à pas la mise en place de la première de l'oeuvre de Synge, Le baladin du monde occidental, qui suscita bien des émules lors de sa découverte... Le lecteur retrouve également au fil des pages des références à Rebecca de Daphné du Maurier, ou encore la présence de Yeats aux côtés des deux protagonistes, au sein du théâtre de l'abbaye, à Dublin.

Au final, Joseph O'Connor ne se prétend pas être le biographe des deux personnages principaux, et rappelle clairement dans son épilogue qu'il s'agit d'une manière romancée de présenter l'histoire de Synge et de Molly Allgood, qui se sont connus durant la mauvaise période, celle des on-dit ou du quand diras-t-on...La question que l'on pourrait se poser c'est si cette difficulté de nourrir une relation amoureuse entre eus deux a plus tenu à l'acharnement de l'entourage, ou au contraire ces différences s'imposant au dramaturge et à sa muse...

synge.jpg

 

John Millington Synge, dramaturge irlandais (1871-1909)


Molly-Allgood.jpg

 

Molly Allgood ou Maire O'Neill, comédienne ( 1885-1952)


Un très bon moment de lecture, qui s'inscrit dans le cadre de mon challenge sur la litétrature irlandaise, catégorie auteur contemporain, et celui voisins-voisines, pour l'Irlande, en attendant de lire d'autres ouvrages de O'Connor.

 

Challenge irlandais voisins-voisines 1% rentrée 2011

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kathel 02/10/2011 13:39



Oui, j'ai beaucoup aimé Inishowen, Desperados, A l'irlandaise (en partie, si je me souviens bien) et L'étoile des mers, beau roman d'aventures... C'est un auteur qui aborde des genres bien
différents, et on ne peut pas aimer à tous les coups ! 



Valou076 02/10/2011 22:52



Pour avoir adoré Inishowen lors de mon séjour en Irlande, je pense acquérir le roman pour me replonger dans cette Iralnde sauvage, par les mots... En tout cas, je n'en ai pas fini avec l'auteur !



Kathel 01/10/2011 18:19



Beau billet pour un roman qui le mérite... j'ai beaucoup aimé le style mais je me suis très vite ennuyée dans une histoire qui me laissait en dehors. Ce n'est pas un liver pour moi, apparemment !



Valou076 02/10/2011 12:13



merci ! dommage que le livre ne t'aies pas plus convaincu...mais bon les coups de coeur ne son tpas systématiques, c'est bien de reconnaître malgré tout la qualité de l'écriture, certains
l'oublient si à la base l'histoire ne les enthousiasment pas...tu as lu d'autres livres de O'Connor?



Anne 30/09/2011 21:26



Ce livre me fait de l'oeil aussi... mais je résiste jusqu'à présent, j'en ai déjà beaucoup rapporté à la maison, de cete rentrée littéraire !! Et il y a encore une grrrrande soirée Rentrée
littéraire à Lille le 20 octobre, on va compter un peu sur la bibliothèque en attendant... De Joseph O'Connor, j'ai lu Inishowen, qui m'avait bouleversée.



Valou076 01/10/2011 10:43



Alors le titre Inishowen est à lire, en ce qui me concerne, car il me rappelle mes vacances l'année dernière, où j'ai découvert par hasard les terres d'Inishowen et c'est supeeeerbe ! j'aime
beaucoup l'écriture de O'Connor..il faut que je découvre d'autres ouvrages de cet auteur dans les mois qui viennent !



George 30/09/2011 18:24



Ah bon ? le challenge Irlande c'est toi qui l'a lancé ??? je ne savais pas :( !



Valou076 30/09/2011 18:27



oui en février ou mars il me semble...attends je te met le lien...http://lesquotidiennesdeval.over-blog.com/article-sortez-le-luth-la-guinness-et-vos-auteurs-irlandais-69889427.html


je me doutais que tu étais passé à côté... ;-)



George 30/09/2011 18:09



Un très intéressant billet qui m'en apprend un peu plus sur ce roman que je vais sans doute lire ce mois-ci ! Il me fait un peu penser au roman sur Fiztgérald "Alabama song" pour la relation du
couple  ! hâte de me faire ma propre idée sur ce roman !



Valou076 30/09/2011 18:22



J'aimerai bien lire" Alabama Song"...rooh il y a décidément trop de livres à lire...


J'ai hâte de voir ton avis sur le roman, pour le moment je n'ai vu qu'un seul négatif... en tout cas, dès qu'il s'agit de me balader dans les terres d'Irlande, je fonce (je sais pas si tu as vu
maos le challenge Irlande, il est de moi !)



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