...ou comment obtenir finement une réponse à une question bêbête!
"-Bonjour monsieur excusez-m...
-J'ai pas le temps!
-...moi de vous avoir dérangé, je ne mords pas à la prochaine!"
La première fois que la rédac' m'a demandée de faire un micro-trottoir en ville, je pensais que ce serait simplissime, je me figurais même les personnes faisant presque la queue pour répondre à la question. GROSSIERE ERREUR! Un micro-trottoir c'est: une photo, nom-prénom, âge, métier et réponse à une question. Rien de compliqué en soi.
Sauf qu'une chose m'était sortie de la tête, les gens pressent le pas et regardent de la même manière une personne disant d'un air enjoué "Bonjour madame!", qu'une assise sur le sol voulant "une tite pièce siouplé". Et nous sommes au début de l'hiver, période où toutes les ONG démarchent devant les bouches de métro pour demander si l'on veut devenir parrain d'un gamin affamé a Haïti.
Leçon apprise au début de l'expérience: aborder la personne en disant tout de suite "je travaille pour tel journal et...". Le fait qu'une "journaliste" s'approche de quelqu'un éveille un minimum la curiosité ("je vais parler pour le journal!!faut que je pense à l'acheter demain!et que je le dise à maman!).
Cependant, un autre problème se présente à la valeureuse correspondante de presse, il faut arriver malgré cela à arrêter les gens. Car quand un homme à qui je dis "je travaille pour untel..." et qu'il part en me marmonnant un petit"ça ne m'intéresse pas merci", il faut trouver l'élément qui les fait fuir...je n'ai pas mes armes sur moi, je n'ai pas une tête de braqueur récidiviste...ah mais oui! Le cahier! Ne pas avoir tout objet amenant à penser que quelque chose va être à noter: un numéro de carte bleue, l'adresse de la prochaine personne a braquer... Il ne faut pas croire, les gens s'observent dans la rue, il sont capables de dire ce qu'ils ont vu, en une journée, entre les mains des passants qu'ils ont croisé. S'attendent-ils à voir quelque chose de menaçant pour avoir la possibilité de fuir à temps la personne approchant?!
Le cahier, c'est l'arme de ceux qui font des sondages dans les rues. Et donc qui font perdre du temps, pour en plus, ne jamais avoir de suite concernant les résultats du-dît sondage.
La solution, avoir l'air d'une personne qui demande sa route, là un passant sur deux s'arrêtera. Reste le problème de la photo. Celui-là est de taille car l'interrogé peut très bien répondre, parler pendant dix minutes, et "foutre en l'air" son témoignage en refusant d'être pris en photo, cette dernière ne faisant pas plus d'un centimètre sur deux sur la page...J'abrégerai aussi sur la question en elle-même...car poser une question politique annihile encore plus vite toute possibilité d'avoir une réponse intéressante...
Je finis en lançant un appel, pensez à ces pauvres petits jeunes démarrant peut-être une carrière en tentant de relever des témoignages de ce type et ayez pitié d'eux, ils peuvent avoir marché longtemps déjà avant de vous poser une enième fois "pourriez-vous répondre à une petite question, et acceptez vous la photo?"