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Les Quotidiennes de Val

Les Quotidiennes de Val

... c'est l'histoire d'une lectrice, d'une fille se promenant, allant au cinéma, poussant parfois ses coups de gueule,ou dévoilant ses coups de coeur...Pour au final, partager ce qui anime le quotidien...


"Journal d'un corps", de Daniel Pennac

Publié par Valou076 sur 6 Juin 2013, 13:08pm

"Journal d'un corps", de Daniel Pennac

Dernière sortie de Daniel Pennac, en février 2012, ce Journal d'un corps est un ouvrage bien singulier, unique en son genre, et très étonnant à découvrir.

De cet auteur, je ne connaissais qu'un livre, étudié en 1ère L : Comme un roman, histoire que l'on feuillette, avec ses célèbres droits du lecteur. Lu par-ci, par-là, ce roman m'avait permis de faire une première rencontre... surprenante ! C'est la première fois que je lisais un livre de ce genre,et c'était, de ce que je me souviens, dépaysant.

Le Journal d'un corps est un texte singulier, différent. Ici, pas question de tomber dans ce que le personnage principal appelle "le journal intime". Ses préoccupations ne sont pas là. C'est tout d'abord un jeune homme qui vit mal son enfance, un garçon qui ne ressent pas l'amour maternel que chacun devrait recevoir, un garçon qui se fait "martyriser" par d'autres de son âge. Et là, son corps lâche, le trahit, à sa grande honte. C'est ainsi qu'il décide de prendre la plume, et de tenir, un journal, le journal de son corps. En examinant scrupuleusement l'évolution de ce corps qu'il veut vaincre, le garçon analyse les évolutions, en se comparant à l'image d'un écorché, déchirée d'un dictionnaire. Il se compare à cette image, tout en cherchant à se construire.

13 ans, 4 mois, 17 jours
Dodo est encore sous l'empire des images. Moi, j'écris ce journal pour m'en libérer.

L'enfant fait des expériences, appréhende ce corps en l'analysant, en cherchant à le construire, le façonner à sa façon. Il se muscle, il s'entraîne, mais découvre aussi d'autres sensations.

13 ans, 3 mois, 8 jours
Ce que j'aime quand je m'endors, c'est me réveiller pour le plaisir de me rendormir. Se réveiller à la seconde où l'on s'endort, c'est épatant ! C'est papa qui m'a appris l'art de l'endormissement.

De son enfance, le jeune narrateur garde l'image de son père. Victime de la guerre, marqué à vie et mort prématurément, ce père est un exemple, un modèle pour ce jeune garçon. Alors que le père s'efface progressivement, l'enfant s'efface avec lui, comme s'il devenait son propre fantôme. Cette quête de la compréhension de son corps représente cette redécouverte de soi, cette reconstruction, après le décès du père, pour exister, vraiment.

Certaines scènes de ce livre sont surprenantes, on comprend, en tant que femme, le traumatisme ressenti par certains jeunes hommes, qui voient leur corps changer, en cherchant à décrypter, autant que faire ce peut, comment cela fonctionne. Daniel Pennac évoque alors ce désir de voir une femme agir de la sorte, afin de pouvoir lire le journal d'un corps de femme, pour également mieux la comprendre.

Au fil du récit, le jeune homme découvre la puberté, les premières excitations, les premiers actes sexuels, jusqu'à ce qu'une femme finisse à ses côtés. C'est à la fois voyeur, et analytique, lire certains extraits peut paraître gênant, dans le sens où cela devient comme une intrusion das l'intimité d'un garçon. Mais, en même temps, certaines zones d'ombre finissent par s'éclaircir, et certainement pour la première fois, l'auteur permet à l'homme et à la femme de se comprendre. N'est-ce pas un petit coup de génie.

Alors qu'il devient adulte, amoureux, marié, père de famille, l'écriture de ce journal devient plus saccadé. L'homme découvre l'émoi amoureux, au sens physique du terme. Il découvre ce que le corps ressent face à l'émotion.

D'autres extraits, malgré tout, sont un peu plus long à lire, moins intéressant (analyse de l'étron parfait, de ce doigt dans le lez au feu rouge...), mais Pennac offre ici un livre incroyable, un journal qui permet certainement, à ceux qui ne pouvaient alors parler de leur corps à leur entourage, de découvrir le sens de certains émois, de certaines évolutions.

Alors que la vie fait son chemin, le narrateur côtoie la maladie, la mort des autres, il découvre les premières défaillances de ce corps finalement vulnérable, tout comme l'esprit.

37 ans, 13 jours
Ce qui se lit d'abord sur nos visages quand nous sommes en société, c'est le désir de faire partie d'un groupe, l'irrépressible besoin d'en être.

L'homme devient grand-père, vieux, le corps devient défaillant... Cette vie complète est narrée sans tomber dans la pathos que l'on aurait pu craindre, celui de l'homme qui voit que son corps ne répond plus. La fin de l'histoire est pleine de sagesse, de bon sens, et d'évaluation de ce qu'est la réalité des choses.

Ce Journal d'un corps, est émouvant, très riche, et ne nous quitte pas tout de suite, une fois la dernière page tournée. Ce petit garçon devenu vieillard est extraordinaire, et ordinaire à la fois, c'est un homme, parmi une communauté de plein d'autres hommes.

Ce récit offre au lecteur un voyage extraordinaire vers, la vie, la simple vie. A 26 seulement, j'ai ressenti beaucoup de choses face à toutes ces petites évolutions du quotidien, à ces changements qui rythment la vie. Ce n'est pas souvent que je note des citations dans un récit, mais ici, certaines étaient véritablement à conserver, précieusement, et à partager avec celles et ceux qui n'ont pas encore découvert ce voyage dans la vie d'un homme.

86 ans, 2 mois, 28 jours
Mon corps et moi vivent la fin de notre bail en colocataires indifférents [...] Quand on a, sa vie durant, tenu le journal de son corps, une agonie, ça ne se refuse pas.

86 ans, 9 mois, 16 jours
Nous sommes jusqu'au bout l'enfant de notre corps. Un enfant déconcerté.

Challenge Daniel Pennac, chez George

Challenge Daniel Pennac, chez George

En lisant ce livre, j'honore le challenge de mon amie George, qui met à l'honneur Daniel Pennac, en nous invitant à découvrir sa plume magnifique. Merci à Sophie, qui m'a prêté ce livre, et qui me pousse maintenant à lire la saga des Malaussène (promis je 'attends pas encore un an !)

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V
Ce roman fut un grand coup de coeur pour moi. Il m'a d'ailleurs ensuite été offert dans sa magnifique version illustrée.
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V
je l'ai feuilleté, et c'est en effet un très beau cadeau !
A
Bizarrement, il ne me tente pas.
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V
comme je le disais plus haut, c'est parce que ma collègue me l'a prêté que je l'ai tenté, et je ne l'ai pas regretté.
G
Ce n'est pas le livre de Pennac que j'ai le plus envie de lire. Pourtant ton billet est élogieux, mais il ne me tente pas des masses.
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V
si Sophie ne me l'avait pas prêté, je crois que je ne l'aurai pas lu de moi-même !
Y
Les Malaussène, une saga vraiment géniale que je ne peux que te conseiller de découvrir et... vite ;)
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V
"Au bonheur des ogres" m'attend chez moi ;-)

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